Ne dites pas à ma mère que je suis un papa reporter.

Après avoir sillonné les régions les plus sensibles de la planète pour la série de documentaires « Ne dites pas à ma mère… » diffusée dans Les Nouveaux Explorateurs, ce grand reporter est nommé directeur des documentaires de Canal +. Il quitte aujourd’hui le groupe pour rejoindre la plateforme Netflix. Papa cool en quête d’équilibre, Diego Buñuel explore pour nous sa paternité.

Corée du Nord, Pakistan, Irak, les tournage répétés ont rythmé 14 ans de grands reportages. Comment viviez-vous l’éloignement avec vos enfants ?

Jusqu’à juin 2014, je tournais à l’étranger 190 jours par an. Je partais 4 semaines puis revenais 6 semaines à Paris. A l’époque mon fil Kan avait 3 ans et ma fille Dae, 6 ans. C’était plus dur à vivre que lorsqu’ils avaient 6 mois. Quand je me retrouvais seul dans ma chambre d’hôtel à regarder le soleil se coucher, je me disais parfois : “Qu’est ce que je fous là ?” “Quelles sont les priorités dans la vie” ? S’il est prévu que je tourne ponctuellement des documentaires, avec mes nouvelles fonctions mon rêve de sédentarisation s’est réalisé.

 

Cette transision était-elle essentielle pour vous ?

Oui c’était le questionnement du moment. Après tant d’années de grand reportage et 90 pays parcourus, j’ai vécu mon “dream job” ! J’étais arrivé à la conclusion logique qu’il est temps de faire partir d’autres personnes. L’école, l’échange, les activités, les jeux avec les enfants sont des moments qu’on ne pourra pas recréer. Pour les enfants et pour mon couple, il était nécessaire de faire une transition professionnelle.

 

Quand vous étiez la moitié de l’année à l’autre bout du monde, comment communiquiez-vous avec votre famille ?

Par Skype essentiellement ! Mais c’était toujours pixelisé et ça coupait sans cesse. Lors d’un tournage en Bolivie, j’étais dans des labos illégaux de cocaïne quand j’ai reçu un coup de fil de ma femme qui souhaitait me parler de l’inscription de ma fille au conservatoire ! Avec ce métier, il y a un mélange constant et immédiat de la normalité familiale avec les endroits trash dans lesquels on tourne. Ce décalage est parfois compliqué à gérer.

 

Si vous freinez les reportages réguliers, vous restez un papa baroudeur. Comment expliquez-vous vos départs à vos enfants ?

Il n’y a rien à expliquer. Ils ont toujours vécu cela. Ma fille parle de mon “travail de vacances” ! Avant chaque départ, je lui montre sur sa mappemonde où je vais. Mais ce sont des concepts très complexes. Pour elle, Paris est un pays, la France en est un autre ! Pour un enfant, le pas de la porte est déjà un autre univers.

Dae et Kan, ses spiders kids.
Dae et Kan, ses spiders kids.

 

Vous multipliez les activités. Quel temps consacrez-vous  à vos enfants ?

La grande difficulté, c’est d’être dans l’instant. Il faut que j’arrive à tout éteindre dans ma tête et à me dire “Maintenant je suis avec eux”. Je trouve du temps dans le temps en les emmenant au parc, au zoo de Vincennes… J’essaie de penser à des activités qui conviennent aux questions incessantes de ma fille et à l’attention limitée de mon fils.

Vous êtes franco-américain, votre femme est new-yorkaise d’origine coréenne. Par quoi passe la transmission de vos cultures ?

Par la nourriture ! Mon grand-père (le réalisateur Luis Buñuel) vivait au Mexique. Il m’a transmis le goût des tacos et du guacamole. De son côté ma femme cuisine coréen. Les enfants sont fans de kimchi. Les origines asiatiques de ma femme ont  aussi apporté un rythme réglementé dans la vie des enfants. A 19h30, ils sont au lit. Et cet équilibre compense aussi mes absences.

Vous prenez votre rôle de père très à cœur. En quoi est-il fondamental ?

On se demande souvent  : “Quelle planète va-t-on laisser à nos enfants ?” mais il faudrait plutôt se poser la question : « Quels types d’enfants allons-nous laisser à la planète ? » Il n’y a pas d’obligation à faire des enfants mais si on en fait, il y a une obligation à en faire des adultes responsables. Et ça passe par l’éducation, l’attention et l’amour qu’on leur donne. C’est sur ce registre là que j’essaie d’élever les miens pour qu’ils contribuent à la société par leur travail, leur art et leur éducation.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :